Si tu attends les vacances pour respirer, c'est que tu diriges en apnée

« Vivement les vacances… »
Ce soupir, que vous partagez peut-être, traduit une réalité : pour nombre de dirigeants, la vie professionnelle ressemble à une longue apnée. Les congés deviennent alors la seule bouffée d’air.
Désirer des vacances est légitime, mais la vraie question est : pourquoi ne tenez-vous plus debout entre deux périodes de repos ?

Quand le quotidien devient trop serré pour respirer

Vous reconnaissez ici l’agenda compressé, les urgences successives, des responsabilités assumées plus par loyauté que par vitalité.

La conséquence : vous vous endormez et vous vous réveillez fatigué, poursuivant la journée dans une forme de lassitude latente et rêvant déjà des prochaines vacances.
Le paradoxe : à l’ère de la vitesse et de la connexion permanente, presque plus personne ne protège durablement ses fenêtres de récupération. Le corps, l’esprit finissent par réclamer une pause. En l’absence d’alternatives, c’est la déconnexion totale, fantasmée ou subie, qui finit par s’imposer.

Les vacances ne réparent pas une année de surmenage

Les études le confirment : les vacances, si salutaires soient-elles, ne « réparent » pas un système d’épuisement chronique.
La première moitié des congés sert à décompresser, la seconde est rongée par la culpabilité et l’anticipation du retour.
Diriger « en apnée » oblige à des cycles marathon/sprint intenables à long terme, épuise tout le système devenant contre performance.

Le véritable défi : passer d’une récupération de crise à une récupération continue

Tenir la distance ne consiste pas à « tenir », mais à intégrer la régénération de façon systématique à votre agenda. Il ne s’agit plus de retraites ponctuelles, mais d’une hygiène durable attachée à votre posture de dirigeant.

Trois piliers sont essentiels : simplifier, travailler avec votre énergie, instaurer un rituel hebdomadaire de régénération.

1-Simplifer vos activités

Les sept stratégies fondamentales de la simplification (selon Harvard Business Review) :

  • Débroussailler : repérez et supprimez règles inutiles et activités à faible valeur ajoutée.
  • Adopter une perspective sur la création de valeur, en clarifiant ce que vos clients ou collègues recherchent réellement (observez l’usage réel de votre service ou produit, ajustez au vrai besoin).
  • Prioriser sans relâche : définissez et ajustez en permanence le classement des priorités, pour éviter la dispersion ou la surcharge.
  • Aller au plus court : simplifiez vos flux de travail en supprimant les boucles ou étapes inutiles. Optimisez vos process pour gagner en clarté et en efficacité.
  • Cesser d’être trop conciliant : Osez aborder de front les habitudes et pratiques qui nuisent à la simplicité, même lorsqu’elles émanent de collaborateurs expérimentés.
  • Réduire les échelons hiérarchiques, élargir les responsabilités : allégez la structure, confiez des responsabilités élargies, luttez contre le micromanagement pour gagner en agilité.
  • Prévenir le retour de la complexité : faites de la simplification un processus continu. Revenez régulièrement sur les étapes précédentes pour éviter que la complexité ne réapparaisse, telle une mauvaise herbe tenace.

2-Travailler avec votre énergie, pas contre elle

Un dirigeant épuisé n’est pas incompétent, il est déconnecté de ses signaux internes. Votre vitalité fluctue : apprenez à l’évaluer, à placer votre intensité dans les moments clés, et à ménager des temps/contenants de récupération en dehors des pics.

3-Inscrire votre régénération comme rendez-vous vital hebdomadaire

Qu’il s’agisse de marche, de loisirs, d’activité sportive, de lecture ou de silence, considérez ce temps de ressourcement comme un véritable pilier : planifiez-le à votre agenda et traitez-le comme une priorité non négociable. Posez-vous chaque semaine la question : « Qu’est-ce qui me régénère en profondeur ? ». Protégez ce rendez-vous : il deviendra rapidement un socle concret de votre leadership régénératif.

À titre d’exemple, marcher 1h30 chaque jour après le déjeuner s’est imposé comme mon rituel de régénération et prendre l'air. Par ailleurs, le passage à 90 % de temps de travail, que j’ai adopté depuis plusieurs années, peut sembler contre-intuitif pour une dirigeante. Pourtant, cela permet de responsabiliser ses équipes, tout en retrouvant une vitalité réelle au cœur d’un rythme souvent supérieur à 50 heures par semaine avec des journées allant parfois de 7h à 20h, samedi bien souvent inclus !

Considérez votre vitalité comme une ressource stratégique

C’est là que se joue la distinction entre survie et résilience managériale : construire une dynamique qui vous permet d’avancer, d’innover et de décider chaque semaine, sans attendre d’être « hors service ». Cette posture nouvelle conduit à davantage de clarté, de stabilité et de performance : vous quittez le cycle épuisement – récupération tardive pour entrer pleinement dans le cercle vertueux : effort → régénération continue.

Conclusion : redonner aux vacances leur vrai sens

Les vacances ne devraient plus servir à réparer une usure accumulée, mais à amplifier un état déjà vivant et régénéré. Depuis 2015, je me suis donnée comme objectif d’arriver en forme pour les vacances : dans 85 % des cas, c’est la réalité. Cela me permet d’être pleinement disponible pour vivre avec ma famille des moments riches et conviviaux, de créer des souvenirs sans avoir besoin d’un temps de récupération pour retrouver mon énergie.

Rappelez-vous : votre santé n’est pas le prix à payer pour la performance, mais le socle d’un leadership durable et équilibré. Le meilleur moyen est de s'organiser pour ne plus diriger en "apnée" !

Christine, 23.11.2025