Quand le soi devient ennemi

Quand le soi devient ennemi

Cet article propose un double regard.

Je pars des maladies auto-immunes, quand le système immunitaire attaque l'organisme qu'il est censé protéger, pour explorer ce qui se passe chez les dirigeants lorsque leurs propres mécanismes de protection se retournent contre eux : sens du devoir qui s'épuise, perfectionnisme qui paralyse, disponibilité totale qui consomme, hyper-solidité qui isole.

Comprendre l'auto-immunité : quand nos défenses se retournent contre nous

Les maladies auto-immunes sont plus de 80. Elles surviennent lorsque le système immunitaire, normalement dédié à notre protection, perd son discernement et attaque nos propres tissus. Une rupture du « soi » biologique. Un mécanisme de défense qui dérape.

Diabète de type 1, lupus, polyarthrite rhumatoïde, maladies thyroïdiennes, coeliaque…
Aujourd’hui, 5 à 10 % de la population dans les pays industrialisés est touchée par les maladies auto-immunes. En France, plusieurs millions de personnes sont concernées : c’est un enjeu de santé publique majeur.

Au cœur de ces maladies, un scénario commun : le système censé protéger finit par blesser. Une inflammation chronique s’installe. Des auto-anticorps signent cette fracture intérieure.

Quand le soi du dirigeant devient son propre adversaire

Cette rupture du soi biologique offre un miroir saisissant pour comprendre la vie d'un dirigeant. Se retourne-t-il aussi contre lui-même ? Et bien oui !

Il est source de « réponses auto-immunes » !

  • Le sens du devoir qui le pousse à dire « oui » à tout… jusqu’à la saturation.
  • Le perfectionnisme qui épuise au lieu d’assurer la qualité.
  • La disponibilité totale qui dissout toute frontière de récupération.
  • La loyauté sans limite qui le conduit à accepter l’inacceptable.
  • L’hyper-solidité qui masque les signaux d’alerte.
  • Le réflexe de tout porter seul pour protéger l’équipe
  • L’obsession de performance qui attaque le corps, le sommeil, la vie tout court !

À force de vouloir « bien faire », le dirigeant peut devenir son propre agresseur.
Le soi cesse d’être allié, glisse du côté de l’ennemi.

Comme dans l’auto-immunité, l’inflammation peut rester longtemps silencieuse et chronique : nuits trop courtes, irritabilité, fatigue de fond, récupération incomplète.

Un fonctionnement encore "opérationnel", mais déjà coûteux.

Trois images pour comprendre cette auto-agression

1. L’inflammation silencieuse

Dans l’auto-immunité, les dégâts commencent avant les symptômes.
Chez les dirigeants : surcharge numérique, journées interminables, week-ends grignotés. Tout fonctionne encore… mais le prix intérieur augmente chaque mois.

2. Les anticorps mal orientés

Le système immunitaire qui attaque des tissus sains.
Chez un dirigeant : sacrifier le sommeil, supprimer les moments nourrissants, éliminer les temps de ressourcement, tout cela au nom de l’urgence. La protection se transforme alors en auto-destruction.

3. Le système de régulation débordé

Le corps possède des freins pour revenir à l’équilibre.
Le dirigeant aussi devrait en avoir : congés réellement reposants, entourage qui dit « stop », rituels de récupération, check-ups réguliers. Quand ces freins sautent, il n’y a plus de limite.

Une nuance essentielle

Même en excellente santé, un dirigeant isolé dans une organisation dysfonctionnelle ne peut pas, seul, remettre tout le système d’aplomb.
À l’inverse, dans un environnement soutenant, quelques ajustements peuvent suffire :
cesser le sacrifice automatique, réintroduire des rituels de régénération, reconnaître que protéger l’organisation ne doit jamais exiger l’auto-destruction de ceux qui la font vivre.

Fin d’année 2025 : et si le soi redevenait allié ?

Au lieu d’ajouter une résolution de plus à la pile des “il faut”, je vous propose trois questions :

  • Quel petit rituel d’auto-agression pourriez-vous mettre en pause, juste pour observer ce que ça change ?
  • Quelle protection excessive pourriez-vous relâcher, même légèrement ?
  • Quel signal d’inflammation (fatigue, irritabilité, douleur diffuse) pourriez-vous accepter d’écouter ?

En bref, en 2026, quel micro-pas pourriez-vous tenter pour que votre soi devienne un peu plus allié ?

En cette fin d’année, une page se tourne pour Santé & Leadership… et pour moi.

Dans quelques semaines, je déménage en région bordelaise pour poursuivre mon métier de médecin biologiste, cette fois au cœur d’une équipe experte des maladies auto-immunes. Un nouveau chapitre de direction, fidèle à ce qui m’anime depuis toujours : la santé.

J'ai fait ce choix au printemps dernier, qui, avec le recul, ressemble à un geste d’auto-immunité inversée. Après des années à fonctionner dans l’urgence parisienne, j’ai décidé de me donner une chance de trouver un environnement qui me semble en adéquation avec mes aspirations.

Une expérience modeste et précieuse. De plus, je suspends les publications de Santé & Leadership pendant quelques semaines, probablement un trimestre. Le temps de déménager, de prendre mes nouvelles fonctions, d’observer, d’apprendre, et de retrouver un rythme juste.
Puis je reviendrai vers vous, avec un regard régénéré.

D'ici là bonne fin d'année et excellent début 2026 !

Christine, le 30.11.2025