Votre agenda est-il un indicateur de santé ?

J’ai regardé mon agenda, mauvaise idée. Je pensais y trouver mes rendez-vous. J’y ai surtout trouvé quelques informations assez précises sur ma manière de travailler.

Un agenda, normalement, c’est innocent, des cases, des heures, des couleurs. Sauf qu’à bien y regarder, il raconte beaucoup de choses. Les blancs entre deux réunions. Ou, soyons précis, leur disparition méthodique.

Le déjeuner, progressivement devenu une zone constructible.

Parce que 13 heures, finalement, c’est une heure comme une autre.

Le créneau prévu pour marcher ou faire du sport, déplacé une fois, puis deux, puis au lundi prochain. Puis disparu dans une zone mystérieuse où vivent également les bonnes résolutions et les dossiers intitulés "dès que j’ai un moment ".

Il y a aussi l’heure à laquelle la journée commence. Et celle à laquelle elle s’arrête. Enfin, officiellement.

Le problème n’est pas forcément d’avoir un agenda plein

On peut avoir beaucoup de rendez-vous, beaucoup de responsabilités, beaucoup de travail et très bien le vivre. Le sujet est ailleurs.

Que reste-t-il entre les cases ?

Parce que nous avons développé une compétence assez remarquable : remplir les interstices. Une réunion se termine à 10 h 30 ? Parfait. On peut en mettre une autre à 10 h 30. C’est mathématique. Oui mais discutable.

En 2021, le Human Factors Lab de Microsoft a équipé 14 personnes d’électroencéphalogrammes et leur a fait vivre deux séquences : quatre réunions de trente minutes enchaînées sans interruption, puis quatre réunions identiques séparées par dix minutes de pause.

Sans pause, l’activité cérébrale associée au stress augmente au fil des réunions. Un pic apparaît notamment au moment de passer directement de l’une à l’autre.

Ce moment extraordinaire où l’on quitte un Teams à 10 h 59 pour rejoindre un Zoom à 11 h. Nous considérons apparemment que changer de lien constitue une pause.

Avec dix minutes entre les réunions, dix minutes de méditation guidée, précise l’étude, le niveau de stress redescend.

Dix minutes. Ce n'est pas la pause du week-end ou la déconnexion numérique en pleine nature !

Dix minutes. Le temps de se lever, de regarder par la fenêtre, de boire un café sans participer simultanément à un comité stratégique.

Éventuellement même de ne rien faire, concept audacieux.

Ce que l’agenda raconte sans nous demander notre avis

Ce qui m’intéresse finalement n’est pas tellement le nombre de réunions. C’est ce que nous avons progressivement accepté de mettre autour. Ou de ne plus mettre. Parce qu’un agenda est aussi une succession d’arbitrages.

Ce rendez-vous-là est prioritaire.

Le déjeuner peut attendre.

Cette réunion est indispensable.

La marche sera pour demain.

Ce dossier doit être terminé ce soir.

Pris séparément, rien de tout cela n’est très intéressant et tout est parfaitement justifiable. Nous avons d’excellentes raisons.

Le problème, c’est leur accumulation. Parce qu’à force d’arbitrer toujours dans le même sens, on finit par ne plus avoir l’impression d’arbitrer du tout. C’est devenu l’organisation normale de la semaine.

Regardez vos marges

Regarder son agenda comme un indicateur de santé me semble être un bon baromètre.

Regardons les marges, les transitions, les déjeuners qui ressemblent encore à des déjeuners, les moments qui n’ont pas encore été transformés en créneaux exploitables.

L’heure à laquelle la journée déborde régulièrement de la case dans laquelle nous pensions l’avoir mise.

Et observer.

Qu’est-ce qui a encore une place dans mon agenda ?

Qu’est-ce qui n’en a plus ?

Qu’est-ce que je déplace systématiquement ?

Qu’est-ce qui est devenu négociable ?

Et qu’est-ce que cela raconte de la relation que j’entretiens avec ma santé ?

Votre agenda de la semaine prochaine est probablement bien rempli. Le mien aussi. Avant même que lundi matin arrive, une partie de notre semaine est donc déjà décidée.

Je viens de regarder la mienne. J’ai des créneaux de libre, j'irais marcher 10 minutes.

Christine, le 11.09.26