Il y a quelque temps, Pierre Lavoie, athlète, conférencier et fondateur du Grand défi Pierre Lavoie au Canada, m'a raconté que lorsqu'on lui demande :
- Ça va ?
Il répond :
- Ça va bien, je m’en occupe.
J’ai trouvé ça formidable. Parce que généralement, à la question "Ça va ?", je réponds machinalement :
- Oui.
Je peux dormir 5 heures par nuit, déjeuner devant un écran, avoir mal au dos depuis février, n’avoir pas vu la lumière du jour toute la journée et répondre :
- Oui, oui, ça va.
Parfois je me sens extrêmement arrangeante avec la notion d’"aller bien".
Septembre, ce petit mois de janvier qui n’assume pas
Septembre est arrivé.
Avec les bonnes résolutions, les inscriptions au sport, les agendas neufs et cette étrange conviction que cette année, c’est sûr, on va mieux s’organiser.
C’est touchant. Le 4 septembre, l’agenda ressemble encore à une prairie. Le 20, c’est l'A6 un vendredi soir.
Les réunions et les urgences reviennent, les déjeuners rétrécissent et quelqu’un finit toujours par prononcer la phrase : "Il faudrait absolument qu’on boucle ça avant la fin de l’année."
Bien sûr, ajoutons-le.
L’entreprise vérifie ses ressources. Nous, beaucoup moins.
Avant de lancer un projet, une entreprise regarde généralement si elle en a les moyens. Budget ? Équipes ? Compétences ? Délais ? Capacité de production ? On appelle ça de la gestion.
Pour nous-mêmes, le processus est légèrement plus artisanal.
- Tu peux prendre ce dossier en plus ?
- Oui.
- Tu peux être là jeudi soir ?
- Oui.
- On se cale un point à 7 h 30 ?
- Oui.
- Ça va ?
- Oui, oui.
Voilà, audit terminé.
Et c’est là que les 3 mots deviennent intéressants
Pierre Lavoie ne répond pas seulement :
-Ça va bien.
Il ajoute :
- Je m’en occupe.
Et ça change tout.
"Je m’en occupe", ça commence peut-être simplement là. Regarder. Et ne pas arranger la réponse.
Comment je dors ? À quoi ressemblent mes journées ? Depuis quand cette fatigue est là ? Depuis combien de semaines je reporte ce rendez-vous ? À quel moment j’ai décidé qu’un sandwich mangé devant Excel constituait une pause déjeuner ? Depuis quand je considère tout cela comme normal ?
Parce que nous adorons les signaux faibles
Une marge baisse de 2 % ? Réunion.
Un indicateur dérive ? Plan d’action.
Un client répond moins vite ? Alerte.
Un collaborateur semble inhabituellement fatigué ? "Il faudrait peut-être qu’on lui parle."
Puis vient notre tour en octobre :
Fatigué ? "C’est la période."
Sommeil en vrac ? "Je récupérerai ce week-end."
Plus aucune activité physique ? "Dès que ça se calme."
Un symptôme qui traîne ? "Faudrait que je consulte. "
Magnifique. Le comité de pilotage de notre propre santé vient de se réunir. Le plus étonnant n’est peut-être pas de mal aller. C’est de s’y habituer. Parce qu’on s’habitue à beaucoup de choses.
À dormir moins.
À avoir mal quelque part.
À être fatigué.
À manger n’importe comment.
À ne plus bouger.
À vivre avec une petite alerte qu’on repousse gentiment dans un coin en espérant qu’elle ait la délicatesse de disparaître toute seule.
Et un jour, ce qui était inhabituel est devenu normal.
Alors cette rentrée, je ne vais pas me fixer l’objectif de « prendre soin de moi ». Déjà parce que la formule m’agace et ensuite parce que je n’ai pas besoin d’un objectif supplémentaire.
Je vais commencer beaucoup plus simplement : comment est-ce que j’arrive à cette rentrée ? Et essayer de ne pas arranger la réponse.
Finalement, Pierre Lavoie a peut-être trouvé le meilleur tableau de bord santé que je connaisse. Il tient en cinq mots : "Ça va bien, je m'en occupe."
Christine, le 04.09.26
